19 février 2007

Ex!!!trait 19

I learned to understand Cézanne much better and to see truly how he made landscapes when I was hungry. I used to wonder if he were hungry too when he painted; but I thought possibly it was only that he had forgotten to eat. It was one of those unsound but illuminating thoughts you have when you have been sleepless or hungry. Later I thought Cézanne was probably hungry in a different way.

Ernest Hemingway, A Moveable Feast - Hunger Was Good Discipline, 1964

06 novembre 2006

Ex!!!trait 18

Quelle est la manière la plus directe, la plus sûre et la plus expéditive d'amener quelqu'un à faire quelque chose ? (...) A chaque fois (que je donnais une conférence) il y avait dans le public un cadre partisan de l'"action directe" qui s'écriait : "Le coup de pied, y a que ça de vrai !" et ce type de manager a raison. La méthode la plus sûre et la moins compliquée d'amener quelqu'un à faire quelque chose consiste à lui administrer un bon coup de pied au fesse - à lui donner ce que l'on pourrait appeler un CPF.

Frederick Herzberg, A la recherche des motivations perdues, Harvard Business Review, 1968

05 septembre 2006

Ex???trait 4

La télévision ne pourra rester sur le marché plus de six mois. Les gens se fatigueront de regarder une boîte en contreplaqué tous les soirs.
Darryl F. Zanuck, président de la 20th Century Fox, 1946

19 août 2006

Ex---trait 24

L'entêtement des institutions vieillies à se perpétuer ressemble à l'obstination du parfum ranci qui réclamerait notre chevelure, à la prétention du poisson gâté qui voudrait être mangé, à la persécution du vêtement d'enfant qui voudrait habiller l'homme, et à la tendresse des cadavres qui voudraient embrasser les vivants.
Ingrats ! dit le vêtement. Je vous est protégé dans le mauvais temps. Pourquoi ne voulez-vous plus de moi ? Je viens de la pleine mer, dit le poisson. J'ai été la rose, dit le parfum. Je vous ai aimés, dit le cadavre. [...]
A cela une seule réponse : Jadis.
Rêver la prolongation indéfinie des choses défuntes et le gouvernement des hommes par embaumement, restaurer les dogmes en mauvais état, redorer les châsses, recrépir les cloîtres, rebénir les reliquaires, remeubler les superstitions, ravitailler les fanatismes, remmancher les goupillons et les sabres, reconstituer le monarchisme et le militarisme, croire au salut de la société par la multiplication des parasites, imposer le passé au présent, cela semble étrange. Il y a cependant des théoriciens pour ces théories-là. Ces théoriciens, gens d'esprit d'ailleurs, ont un procédé bien plus simple ; ils appliquent sur le passé un enduit qu'ils appellent ordre social, droit divin, morale, famille, respect des aïeux, autorité antique, tradition sainte, légitimité, religion ; et ils vont en criant : Voyez ! prenez ceci, honnêtes gens. [...]
Quant à nous, nous respectons çà et là et nous épargnons partout le passé, pourvu qu'il consente à être mort. S'il veut être vivant, nous l'attaquons, et nous tâchons de le tuer.
Superstitions, bigotismes, cagotismes, préjugés, ces larves, toutes larves qu'elles sont, sont tenaces à la vie ; elles ont des dents et des ongles dans leur fumée ; et il faut les étreindre corps à corps, et leur faire la guerre, et la leur faire sans trêve ; car c'est une des fatalités de l'humanité d'être condamnée à l'éternel combat des fantômes. L'ombre est difficile à prendre à la gorge et à terrasser.

Victor Hugo, Les Misérables.

20 juillet 2006

Ex!!!trait 17

L'obscurité est vertigineuse. Il faut à l'homme de la clarté. Quiconque s'enfonce dans le contraire du jour se sent le coeur serré. Quand l'oeil voit noir, l'esprit voit trouble. Dans l'éclipse, dans la nuit, dans l'opacité fuligineuse, il y a de l'anxiété, même pour les plus forts. Nul ne marche seul la nuit dans la forêt sans tremblement. Ombres et arbres, deux épaisseurs redoutables. Une réalité chimérique apparaît dans la profondeur indistincte. L'inconcevable s'ébauche à quelques pas de vous avec une netteté spectrale. On voit flotter, dans l'espace ou dans son propre cerveau, on ne sait quoi de vague et d'insaisissable comme les rêves des fleurs endormies. Il y a des attitudes farouches sur l'horizon. On aspire les effluves du grand vide noir. On a peur et envie de regarder derrière. Les cavités de la nuit, les choses devenues hagardes, des profils taciturnes qui se dissipent quand on avance, des échevellements obscurs, des touffes irritées, des flaques livides, le lugubre reflété dans le funèbre, l'immensité sépulcrale du silence, les êtres inconnus possibles, des penchements de branches mystérieux, d'effrayants torses d'arbres, de longues poignées d'herbes frémissantes, on est sans défense contre tout cela. Pas de hardiesse qui ne tressaille et qui ne sente le voisinage de l'angoisse. On éprouve quelque chose de hideux comme si l'âme s'amalgamait à l'ombre.

Victor Hugo, Les Misérables, 1862

04 juillet 2006

Ex---trait 23

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge!

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur angevine.

Joachim Du Bellay (1552 - 1560), Les Regrets, 1558

30 avril 2006

Ex!!!trait 16

L'entêtement sans l'intelligence, c'est la sottise soudée au bout de la bêtise, et lui servant de ralonge. Cela va loin. En général, quand une catastrophe privée ou publique s’est écroulée sur nous, si nous examinons, d’après les décombres qui en gisent à terre, de quelle façon elle s’est échafaudée, nous trouvons presque toujours qu’elle a été aveuglément construite par un homme médiocre et obstiné qui avait foi en lui et qui s’admirait. Il y a par le monde beaucoup de ces petites fatalités têtues qui se croient des providences.

Victor Hugo, Claude Gueux, 1834
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